|
|
 |
Plus de quarante ans séparent les photos que l'on trouve en couverture de son récent DC "Le plus beau voyage de mes chansons 1959-1972". Pourtant on y devine la même jeunesse, la même sagesse et la même passion respectueuse pour la chanson, cet amalgame de mots, de mélodies et de simple expression de la vie. Menant deux carrières de front, celle d’auteur-compositeur-interprète et celle de comédien, Claude Gauthier s’y consacre avec un égal bonheur. Pour les adeptes de la chanson québécoise, il demeure avant tout un des grands noms de la poésie mise en musique, tant par ses succès devenus des points de ralliement que par ses qualités profondément humaines. Sa façon de dire le pays authentique, ses personnages et ses paysages en font un des trouvères modernes les plus appréciés chez qui de nombreux citadins retrouvent une partie de leurs racines en même temps qu’un grand frère sensible à leurs préoccupations essentielles.
Né au Lac Saguay, où l'industrie forestière alimente le quotidien de ce pays de pionniers, Claude Gauthier grandit entouré de musique, entre un père maître chantre à la grand-messe du dimanche et une mère pianiste à ses heures. Ce goût pour la mélodie est également nourri par la présence quotidienne de la radio qui lui permet d'entendre les plus populaires chansons de Charles Trenet, Patachou, Édith Piaf...
Un beau jour qu'il écoute l'appareil au salon, il entend une nouvelle voix jaillir du meuble sonore. Une nouvelle voix et une nouvelle chanson qui bouleversent définitivement son rapport à la musique: on y parle d'une réalité qui le touche de près. "Le train du Nord" dont il est question dans le texte se trouve justement celui qui passe à quelques centaines de pieds de la maison, direction Mont-Laurier.
Dès lors, l'adolescent n'a qu'un rêve: avoir une guitare et créer lui aussi des chansons, comme Félix! Cette envie ne le quittera plus, qu'il soit écolier ou qu'il se rende en ville pour occuper ses premiers emplois. En 1959, il s'inscrit au concours Les étoiles de demain, diffusé sur les ondes de CKVL et l'emporte avec sa composition "Le soleil brillera demain" qui est aussitôt enregistrée sur disque, en formats 78 tours et 45 tours.
Encouragé par le résultat, Claude se produit dans quelques boîtes de la métropole et continue de composer de nouvelles chansons "Le coeur de ma guitare", "Ton nom", "Le Grand six-pieds". Cette dernière, basée sur des bribes de conversations entendues pendant son enfance, reconstitue la saga des travailleurs de sa région natale et devient peu à peu une allégorie du Québec alors en pleine mutation. La compagnie Columbia est la première à flairer le vent soufflant sur le réseau de nouvelles boîtes à chansons qui jaillissent maintenant à la grandeur du Québec. L'album "Claude Gauthier chante Claude Gauthier" est bientôt suivi d'une série de nouveaux enregistrements consacrés aux auteurs compositeurs ou interprètes québécois que sont Claude Léveillée, Pauline Julien, Gilles Vigneault, Jacques Blanchet, Pierre Calvé et Monique Leyrac.
Les années soixante voient le jeune troubadour se produire aux quatre coins du Québec et jusque dans l'Amérique anglophone où les adeptes de folk songs lui réservent un accueil des plus chaleureux. Lors d'un passage au prestigieux Carnegie Hall, à New York, il partage la première partie d'un spectacle de Peter, Paul & Mary avec une autre nouvelle venue, Buffy Sainte-Marie fraîchement débarquée de sa Saskatchewan natale. Pendant les heures d'attente, les deux jeunes artistes s'échangent des rimes et il en résulte une nouvelle chanson que chacun garde à son répertoire sous les titres respectifs de "T'es pas une autre" et "Until It's Time For You To Go". L'interprétation de Gauthier paraît sur une nouvelle étiquette dont le fondateur est son ancien producteur de chez Columbia, Daniel Lazare. Avec les Lecor, Forestier, Dor et autres Charlebois qu'il côtoie chez Gamma, Claude Gauthier fait ainsi le pont avec la deuxième vague de chansonniers, qui s'ouvre aux nouvelles sonorités dans la mouvance de l'Expo 67 et qui n'hésite pas à affirmer son américanité.
Parallèlement à son activité musicale, l'auteur compositeur interprète expérimente aussi le métier de comédien puisqu'il est le partenaire de l'actrice débutante Geneviève Bujold dans le film Entre la mer et l'eau douce, premier long-métrage du réalisateur Michel Brault. De cette expérience naît une nouvelle chanson "Geneviève" qui s'avère un nouveau succès durable pour Gauthier, également compositeur de la bande sonore du film. Entre ce tournage et la sortie du film, Claude participe à deux reprises aux spectacles promotionnels des artistes du Québec à l'Olympia de Paris: Les Olympiades canadiennes en 1966 et Vive le Québec... en 1967.
Souscrivant activement au tourbillon du renouveau musical amorcé par les Beatles et Bob Dylan, ses prochains enregistrements ont de quoi désarçonner les habitués des boîtes à chansons du début de la décennie. "La tête en fleurs" et "Ma femme est partie à la ville" ne sont que l'amorce d'une exploration qui culminera avec l'album "Cerfs-volants" en 1968. Celui-ci s'avère déjà une sorte d'album conceptuel avec pour toile de fond les actualités de cet été particulièrement chaud en divers points de la planète: "Khe Sanh" "Zambie cocktail" et "From Santa To America" (dont le titre de travail était Les oranges du Vietnam) ne sont pas des oeuvres de tout repos.
Le tournant des années soixante-dix est marqué par une étrange inversion dans l'oeuvre de Claude Gauthier. Au moment où de nombreux artistes populaires tendent à sophistiquer leur démarche en allant vers la formule de l'album thématique, le chansonnier s'oriente davantage vers le 45 tours. "Le cowboy québécois", "Je t'aime profondément" et "Cette magie-là" deviennent par conséquent des raretés discographiques et constituent le chaînon manquant des adeptes de chanson québécoise dans sa forme traditionnelle. Ceux-ci seront pourtant récompensés de leur patience par le nouvel album de Gauthier qui paraît en 1972. Les chansons "Pour l'amour", "Libre et fou" et surtout "Le plus beau voyage", qui donne son titre à l'album, sont à classer parmi les fleurons du genre.
Dans les mois qui suivent cette parution, Claude effectue un retour au cinéma où il joue le rôle d'un citoyen incarcéré lors des événements d'octobre à Montréal, dans le film Les Ordres, toujours sous la direction de Michel Brault. Le film paraît en 1974. La même année, il est également de la distribution de La piastre d'Alain Chartrand, pour lequel il compose la chanson "Les beaux instants".
Pendant le reste des années soixante-dix, la chanson demeure sa principale activité comme en témoignent l'enregistrement public "Les beaux instants" et un huitième microsillon intitulé "Ça prend des racines". Le premier de ces deux albums, capté lors d'un spectacle au théâtre L'Outremont en octobre 1975, est un éloquent résumé de l'itinéraire du chansonnier, depuis "Mon enfance" jusqu'à "Chanson d'amour d'un gars marié" en passant par "Mon gérant d'banque" et "Le retour du Grand six-pieds". Il y renoue publiquement avec la chanson traditionnelle mais de façon toute personnelle, que ce soit en reprenant une complainte du répertoire paternel "Au coeur de ma Délire" ou en réactualisant la bergerette "Aux marches du palais" devenue soudainement "Sur la rue Du Palais". Il participe encore aux albums "Mon fils" de Félix Leclerc en 1978, pour la chanson "La nuit du 15 novembre", et "Les chants aimés" de Fabienne Thibeault, avec qui il chante "Quand nous serons vieux" en duo, en 1982, puis grave un ultime album "Tendresses.o.s" en 1984.
Le chansonnier délaisse alors la guitare pour se consacrer davantage à son métier de comédien. En 1986, il est de la distribution de La guêpe de Gilles Carle. En 1988 il partage à nouveau l'affiche avec Geneviève Bujold, vingt ans après Entre la mer et l'eau douce, dans L'Emprise de Michel Brault. Puis viennent L'homme de rêve et Le violon d'Arthur, où il incarne le violoniste acadien Arthur Leblanc. La télévision lui ouvre aussi ses plateaux, principalement le téléroman Chambres en ville où il personnifie Charles, le concierge d'une pension pour étudiants. On le retrouve également dans les télé-séries Bombardier et Les bâtisseurs d’eau.
En 1991, tout en continuant ses carrières respectives à la télé et au cinéma, Claude Gauthier grave un premier disque compact intitulé "Planète coeur", bientôt suivi de "L'agenda" sur la nouvelle étiquette Interdisc. Sans connaître un impact phénoménal, ces parutions alimentent et réjouissent les adeptes d'une chanson de facture plus classique, en cette fin de siècle où les rythmes et les sonorités connaissent à nouveau d'importants chambardements. Une nouvelle période de discrétion musicale au cours de laquelle il retourne s’établir dans la région de Mont-Laurier, pays de son enfance, est suivie de la parution en 1998 de l'album "Jardins" dont la pièce maîtresse est inspirée d'un concerto de Boieldieu, déjà utilisé comme thème de l'émission Septième Nord où Claude a jadis tenu un rôle.
La tournée qu’il amorce au cours des mois suivants est marquée par la présence de jeunes musiciens qui contribuent à lui redonner vraiment le goût de la scène. Avec Marie-Michèle Desrosiers, Daniel Boucher et Sabrina Bisson, il participe au spectacle "Le 08-08-88 à 8h08" commémorant le dixième anniversaire de la disparition du poète et premier grand chansonnier Félix Leclerc.
Les derniers mois du XXième siècle sont consacrés à un retour au cinéma pour le nouveau film de Michel Brault portant sur l’épopée des Patriotes: Quand je serai parti vous vivrez encore. Reprenant sa tournée à travers le Québec, il se réserve aussi du temps en studio et réalise lui-même à l’automne 2000 son 14ième album "L’homme qui passait par là", paru au mois de mars 2001. Ses pas le portent à travers l'est du Québec (réseau Roseq) et il est parrain cette année-là du Festival de Petite Vallée. Un nouveau spectacle est présenté en 2002, mis en scène par Mouffe, agrémenté de la présence d'un quatuor à cordes et de projections d'images d'archives, prélude à sa série d'enregistrements rétrospectifs dont le premier volume "Le plus beau voyage de mes chansons 1959-1972" paraît au printemps 2003. Entouré de sa nouvelle équipe de musiciens, Claude Gauthier y interprète onze de ses immortelles les plus appréciées.
Les chansons de Claude Gauthier ont été interprétées par de nombreux artistes tant du domaine populaire que chez les chansonniers. "Le Grand six-pieds" est au menu de tous les chanteurs de brasseries du Québec et de toutes les soirées au coin du feu; "Le plus beau voyage", "Ton nom" et "T'es pas une autre" comptent chacune de nombreuses reprises sur disques. Cette dernière fut particulièrement prisée et on a pu l'entendre interpréter successivement au Québec par Renée Claude, Pierre Lalonde ou Michèle Richard, tandis que sa version internationale a été inscrite aux répertoires de Neil Diamond et d'Elvis Presley. Malheureusement pour l'auteur des couplets français, le King préférera une adaptation unilingue anglophone à la version originale de Buffy Sainte-Marie qui laissait alterner les deux textes originaux. Les paroles de ces pièces et de nombreuses autres oeuvres de Claude Gauthier ont fait l'objet d'un recueil intitulé Le plus beau voyage, chez Leméac en 1975.
Pour consulter les textes de chansons de cet artiste.
|
Envoyer cette page
|
 |
|