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Rencontre avec Luis Grinhauz de Musica Camerata

Propos recueillis par Richard Baillargeon

1er octobre 2007 (QIM) – Répondant avec grand plaisir à l'initiative Adoptez un musicien du Conseil québécois de la musique, dans le cadre de la Journée internationale de la musique célébrée depuis 1975 chaque 1er octobre, Québec Info Musique vous permet de faire plus ample connaissance avec Luis Grinhauz, violoniste de réputation internationale établi à Montréal depuis 1970. L'un des membres fondateurs de Musica Camerata Montréal, monsieur Grinhauz est également assistant violon solo à l'Orchestre symphonique de Montréal, avec qui il se produit en concert et participe à leurs enregistrements depuis 1970.

Profitant du soleil de septembre et d'un bref séjour dans la métropole québécoise, je me suis entretenu avec ce musicien qui est aussi un entrepreneur culturel, directeur artistique de l'ensemble de musique de chambre Musica Camerata depuis 1982. Appelé à se rendre en divers pays dans le cadre de ses fonctions, Luis Grinhauz est d'une curiosité insatiable qui l'amène parfois à retourner sur les lieux visités pour en apprécier les attraits et au premier chef la nourriture, comme nous verrons un peu plus bas.

De toute façon, le lien entre voyage et musique est évident, même sans qu'il soit besoin de déplacements. On ne compte plus les oeuvres littéraires ou autres qui abordent le thème du voyage en musique. Avec son groupe musical, monsieur Grinhauz a consacré presque autant d'albums à des enregistrements nomades qu'au répertoire proprement classique tel qu'on l'entend habituellement. « La musique du tango, ça remonte à mes origines. Je suis né en Argentine et c'est dans mes racines. Je suis parti de l'Argentine à 26 ans et je suis arrivé à Montréal à 28 ans. Je garde toujours contact avec des gens là-bas et aussi avec la musique, comme avec les films. Il vient plusieurs films argentins au Festival des films du monde. D'un autre côté, mes grands-parents viennent de la Russie et j'ai entendu beaucoup de musique d'Europe de l'Est dans ma famille. Bertha, mon épouse, ses parents venaient de la Pologne et de l'Autriche. Alors on a pensé faire un disque de tango et un autre avec de la musique viennoise et de l'Europe de l'Est. Il y a beaucoup de saveurs différentes dans ces musiques. Même la musique classique est très imprégnée de différents folklores, entre autres chez les compositeurs du XIXe siècle qui allaient chercher leur inspiration dans les chants et les danses populaires. Même "Le Sacre du printemps" qui est encore considéré comme une musique des plus modernes puise ses thèmes dans des chants russes folkloriques, du début à la fin. La forme était révolutionnaire mais le fonds est très enraciné. »

Ceci dit, le musicien adore se faire touriste, lorsque son horaire le permet... « Quand on voyage pour se produire en concert, c'est sérieux: il faut être en forme, il faut répéter, il faut prendre soin de nos instruments qui sont tous délicats, particulièrement le violoncelle qui est très fragile. Dans les avions, il nous faut un siège supplémentaire pour le violoncelle! Et rendus à destination, on ne peut pas se coucher trop tard, ce n'est pas tellement propice à jouer les touristes. Habituellement, avec Musica Camerata, on est entre trois et cinq musiciens avec chacun son instrument.

... Par exemple, après avoir joué en Belgique, quelques jours plus tard alors qu'on avait une journée de congé, on a pris le train depuis l'Allemagne expressément pour revenir passer une journée à Bruxelles pour l'expérience d'un excellent repas Comme chez soi. Comme chez soi, c'est le nom du restaurant. On y est resté presque quatre heures, tout l'après-midi, pour le plaisir de déguster, de discuter en même temps. C'est extrêmement intéressant! ... Et sur le continent européen, toutes les villes, tous les villages sont reliés par le train, à des prix abordables. C'est bien organisé, c'est efficace, les horaires sont ponctuels. C'est bien mieux que l'automobile parce que l'essence y est très chère, le stationnement c'est compliqué, les rues dans les villes sont étroites, etc.

... En Europe, la cuisine est considérée comme un art; j'y vois un parallèle avec la musique qui a une texture, une saveur. Il y a la cuisine française, la cuisine espagnole, la cuisine italienne. Je vais vous dire ma théorie: les grands chefs espagnols ou italiens, ils n'ont pas envie de quitter leur pays. Il arrive qu'ils soient invités par de grands restaurants ou dans le cadre de certains festivals comme Montréal en lumière, mais en général ils restent là-bas. En allant sur place, ce n'est pas seulement la bouffe qu'on découvre mais aussi une expérience globale, un dépaysement. »

La conversation portant sur les plaisirs de la table, il était prévisible que les propos glissent naturellement vers l'appréciation du vin, autre élément qui contribue à l'attrait des voyages: « Quand on parle de vin, au Québec, on pense d'abord aux vins français. Ils sont bons mas ce ne sont pas nécessairement tous les vins français qui sont excellents, même s'ils sont chers. Et la différence entre les millésimes ça ne se reflète pas nécessairement dans le goût mais plutôt par la rareté, la quantité produite en une année donnée. Des vins italiens aussi sont très bons, des vins espagnols, des vins de l'Amérique du sud... à ce propos, il se produit plus de vin en Argentine qu'en Chili, mais les Argentins l'exportent moins, ils en consomment plus sur le marché intérieur. Ce qui explique que les vins chiliens sont plus populaires ici, au Québec. Ceux de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande sont fantastiques aussi, et moins chers que certains vins californiens. Et j'oubliais le Portugal! Mais pour un bon vin argentin, essayez le Trapiche en barrique de chêne! Vous m'en donnerez des nouvelles. »

Les sujets d'échanges sont infinis et j'ai fortement résumé notre conversation pour les besoins de cet article. Toutefois, ce qui en ressort vous aidera sans doute à mieux goûter les enregistrements de Musica Camerata ou de toute autre formation musicale. Rappelons que l'initiative du Conseil québécois de la musique s'inscrit dans les célébrations de la Journée internationale de la musique et rejoint la préoccupation du Conseil international de la musique ou International Music Council (IMC), mis sur pied par l'UNESCO en 1949 et qui a pour mandat de promouvoir la diversité musicale et de supporter les droits à la culture pour tous. La 32e assemblée générale du IMC se tiendra du 11 au 16 octobre, à l'occasion du second Forum mondial sur la musique (World Forum on Music), à Beijing, en Chine.